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Interview

« Épauler et former les joueurs sur la gestion de leur finance, c’est leur assurer une suite pérenne »

Guillaume Borne, ancien footballeur du Stade Rennais a traversé de dures épreuves dans sa carrière pro et a notamment été très mal conseillé au niveau financier. Aujourd’hui à la tête d’Extra Sport Conseil, il aide les jeunes joueurs à gérer leur patrimoine.

Entre son rôle de manager sportif dans son ancien club de l’AS Vitré (National 2) et ses responsabilités à la tête d’Extra Sport Conseil, Guillaume Borne a de quoi s’occuper. À 31 ans et après une carrière de footballeur à haut niveau de plus de 6 ans terminée de façon brutale, l’ancien défenseur du Stade Rennais a connu quelques galères. L’ancien espoir a d’abord connu une fin de carrière prématurée il y a 4 ans, lorsque dans un match avec Vitré, il se prend un coéquipier en pleine face après avoir dégagé la balle. Le verdict est lourd : 9 fractures du visage et une impossibilité de remettre les pieds sur un terrain.

Dans le même temps, un mauvais placement financier effectué lors de son passage en Ligue 1 l’oblige encore aujourd’hui à payer les pots cassés. C’est pour ne pas que d’autres joueurs se retrouvent dans une situation financière difficile pendant ou à la fin de leur carrière que Guillaume Borne a décidé de créer sa société de conseil pour les aider à gérer leur patrimoine. Rencontre avec celui qui cherche à faire des footballeurs de bons gestionnaires.

Winner Fabric : Quel a été votre parcours ?

Guillaume Borne : Originaire de Castres, j’ai commencé le foot tout petit. Je suis ensuite allé dans le pôle espoirs de Castelmaurou (comme Clairefontaine mais à côté de Toulouse). Et derrière, ça m’a permis d’être recruté par le Stade Rennais à l’âge de 14ans. Ensuite j’ai fait 3 ans en contrat aspirant à Rennes et j’ai signé 2 ans en tant que stagiaire sauf que dès la sortie du centre de formation j’ai eu l’opportunité d’aller avec les pros. Et derrière c’était parti ! J’ai eu la chance de faire une carrière de 6 ans pro, entre Rennes, Brest, Boulogne Sur Mer (en Ligue 1 et Ligue 2) et quelques sélections nationales avec une demi-finale de l’EURO U19. Ensuite je suis redescendu en national à Beauvais. Puis après j’ai eu quelques galères et je me suis relancé en CFA2 (N3) à Vitré.

WF : Quelques galères ?

GB : Oui, c’était un peu la tête sous l’eau. J’ai eu un accident en plein match qui a fait que je ne pouvais plus jouer. Heureusement je suis resté assuré et cela m’a permis d’avoir un petit d’avance pour préparer la suite, notamment financièrement. Ça a été dur au début mais je me suis remis d’aplomb tout seul. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin seul et j’en suis là aujourd’hui donc c’est bien.

WF : Avez-vous connu une période de doute, sans savoir ce que vous alliez faire après la fin prématurée de votre carrière ?

GB : Non, car si aujourd’hui je suis conseiller en gestion de patrimoine et que j’ai crée Extra Sport Conseil c’est parce que pendant ma carrière je me suis fait mal conseillé. On m’a fait faire des placements pas vraiment judicieux. Pour faire simple, mon agent sportif de l’époque m’a recommandé une personne qui m’a fait investir dans l’immobilier mais ce n’était pas approprié par rapport à ma situation. Aujourd’hui, des années plus tard, j’en paye encore les pots cassés et j’en ai encore pour 8 ans. C’est pour que personne ne se retrouve dans la même situation que moi que j’ai décidé de créer le projet Extra Sport Conseil.

WF : Qu’est-ce que Extra Sport Conseil ?

GB : Extra Sport Conseil, c’est tous les manques que j’ai eu dans ma carrière. J’étais mal accompagné dans mes finances donc Extra Sport Conseil accompagne les joueurs dans la gestion de leur patrimoine et de leurs épargne. Le 2e service c’est de la com : on accompagne à la gestion des réseaux sociaux et nous faisons du média média training. Puis la reconversion est notre 3ème service. Il consiste à se projeter dans sa 2ème vie professionnelle en toute sérénité. Le terrain c’est bien mais il faut aussi penser à la suite. Il faut que tu gères ton argent pour plus tard, que tu gères ton image pour profiter de ta notoriété pour avoir une bonne image pour une possible reconversion et une fois arriver à l’après carrière il faut se poser, anticiper ses formations, ses diplômes et trouver sa vocation derrière. Extra Sport Conseil c’est un projet, un accompagnement et une offre dédiée pour le sportif tourné vers ses problématiques extra sportives.

WF : Qui sont les joueurs que vous aidez ?

GB : Pour l’instant, nous avons des joueurs en activité (entre 18 et 25 ans), en France et en Europe. Ils sélectionnent le service qu’ils veulent, et nous on déploie nos forces pour les aider. Nous travaillons avec 12 joueurs de L1 dont Adrien Hunou et Jérémy Gelin (Rennes) mais nous avons aussi des joueurs de Série A comme Koffi Djidji (Torino). Pour la suite de leur carrière, nous les accompagnons jusqu’à la fin de leur contrat.. Mais on veille surtout ce que tout soit à flot à la fin de leur carrière pour qu’ils puissent vivre sans le foot et en fonction des objectifs établis au préalable.

WF : Que vous demandent le plus les joueurs ?

GB : Aujourd’hui, les joueurs ne réfléchissent pas toujours à être accompagné. Certains pensent être bien accompagnés par leurs banques, d’autres par leurs familles, certains par leurs amis mais c’est pas toujours vrai. Et ils n’ont pas ce réflexe de se tourner vers des structures spécialisées. Et s’ils restent dans un mode de gestion amateur cela peut parfois être préjudiciable pour eux. Ils doivent absolument optimiser cette période de leur vie car leur carrière est courte quand on la compare à une carrière professionnelle d’une personne classique.

WF : Auriez-vous aimé être accompagné pendant votre carrière comme vous le faîtes en ce moment ?

GB : Moi dans ma carrière, je n’avais rien signé donc lorsque j’ai perdu de l’argent, c’était totalement pour moi. Je n’avais pas de moyen de me retourner. Moi, ce que je veux c’est qu’ils se sentent protégés, qu’il y ait de la transparence et surtout, qu’ils comprennent les documents qu’ils signent. Quelqu’un qui m’accompagne dans mes finances et qui me permet de comprendre tout ce que je signe et tout ce que je fais et qui me permet d’avoir un panorama de mon patrimoine pour me rassurer et me montrer la réalité des choses, ça m’aurait été très utile. Tant que les joueurs ne comprennent pas, ils peuvent se faire arnaquer. On leur donne les éléments pour qu’ils comprennent et nous, nous chargeons du côté technique.

WF : Les joueurs sont-ils informés de l’existence de ces structures ?

GB : Certains ne s’en soucient pas, car ils se disent qu’ils ont le temps. Ils ont une bonne situation, ils font attention, ils épargnent mais ils n’optimisent pas leur situation. Même si un joueur super raisonnable avec la tête bien faite veut gérer seul, il ne pourra pas optimiser certains points de ses finances, car seul un professionnel du métier peut prendre le risque et le faire. Certains vont directement voir quelqu’un, pour d’autres, c’est l’entourage qui leur pousse à aller consulter des structures spécialisées. Enfin pour d’autres, il y a l’environnement qui dit « t’inquiète, on va te trouver quelqu’un » et donc là, c’est peut-être le frère, le cousin ou un agent qui vont les rabattre vers une personne soit par manque de connaissance soit car ils auront peut-être un intérêt financier derrière.

WF : Les clubs vous recommandent-ils ?

GB : Un club ne peut pas nous recommander comme ça, car si Extra Sport Conseil fait n’importe quoi, le joueur peut dire que c’est le club qui nous a recommandé et ils engagent leur responsabilité. Le club me laisse intervenir dans les centres de formation, ce que je fais avec le Stade Rennais en tant qu’ancien joueur, mais aussi au FC Lorient, sans qu’il n’y ait de démarche commerciale de ma part. C’est vraiment de la sensibilisation pure et simple et de la prévention pour tenter de leur faire ouvrir les yeux, car beaucoup de footballeurs ont tout perdu après leurs carrières. Y a qu’à regarder les dernières interviews qui sont sorties dans la presse comme par exemple ces 3 joueurs lésés par le service de l’UNFP ou surtout l’arnaque à 100 millions d’euros. Aujourd’hui les langues se délient.

WF : Gérer son patrimoine, c’est faire quoi exactement ?

GB : Je veux pas rentrer dans les détails mais on met une stratégie en place sur une certaine période en fonction des différents critères d’un sportif de haut niveau et on diversifie son patrimoine pour limiter le risque. On ne va pas tout mettre sur les marchés financiers ni sur l’immobilier. On fait un mix de différents investissements. Nous on cherche à ce que les joueurs payent leur impôts et qu’ils aient un train de vie raisonnable par rapport à leur situation. Donc on met en place une stratégie qui a pour but d’optimiser les revenus actuels, pour qu’ils soient ensuite en possession d’un patrimoine qui puissent leur rapporter un complément de revenu pendant X temps après leur carrière. Si c’est une bonne carrière, il n’aura peut-être pas besoin de travailler après le foot, il aura une somme suffisante pour vivre et d’autres ça leur permettra de se poser, 4-5 ans après le foot, pour qu’ils aient le temps de se trouver une nouvelle activité, une nouvelle voie.

WF : Vous accompagnez les joueurs dans leurs démarches administratives aussi ?

GB : Tout à fait. L’objectif principal est le suivant : pendant sa carrière, le joueur doit penser à sa carrière mais il faut l’accompagner pour l’éduquer afin de lui faire prendre conscience des choses. Cependant, à la fin de sa carrière, moi je souhaite qu’il puisse gérer tout ce qui n’est plus relatif au terrain, en bon père de famille. Extra Sport conseil est là sur la partie technique et je cherche à les faire devenir indépendant sur la gestion de leur finance, sur les démarches administratives, bref à les former pour la suite. Pour moi, dans un centre de formation on forme le footballeur mais on ne forme pas assez l’homme notamment sur les problématiques liées à l’épargne. Du coup, Extra Sport Conseil cherche à combler ces déficits, pour former l’homme afin qu’il soit responsable et qu’il soit un bon père de famille, au niveau financier évidemment. Au moins, si un footballeur ne réussit pas sa carrière, je veux qu’il puisse être autonome. Je veux lui donner les bonnes bases dès 16-17 ans afin qu’il soit autonome sur toutes les problématiques de bases extra-sportives qui lui permettront, aussi, de s’éloigner des conseillers qui ne sont pas corrects.

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