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Culture

Jusqu’où ira l’e-sport ? 

1,4 milliard. C’est le montant que devrait représenter l’activité eSport en 2020 selon des prévisions prudentes réalisées par l’institut d’étude spécialisé Newzoo. Un montant déjà élevé pour cette jeune industrie qui est née en Corée du Sud à la fin des années 90 et qui a réellement pris son envol au cours des dernières années.

Son potentiel de développement est encore énorme à en croire les spécialistes. Aujourd’hui, l’industrie des jeux vidéo rassemblerait plus de 2,2 milliards de gamers à travers le monde. La plateforme Twitch, spécialisée dans la diffusion de compétitions eSport en live, enregistre désormais une audience de… 15 millions de visites par jour ! Soit une audience supérieure à de grands acteurs du monde médiatique comme CNN !

Nouvel eldorado du football ?

Activité en forte croissance et en capacité de séduire, d’engager et de retenir l’attention des Millennials, les clubs de football se sont dernièrement laissés tenter par une incursion dans le monde de l’eSport. Tandis que de nombreux clubs européens ont lancé leur propre structure, certaines ligues européennes ont décidé d’organiser leurs propres compétitions, généralement en collaboration avec EA Sports, éditeur de FIFA.

Dans ce contexte, près de 300 clubs de sports professionnels à travers le monde dont le  Real Madrid, l’Ajax, Lyon mais aussi le Paris-Saint-Germain ont déjà franchi le cap en créant une équipe eSport. En s’engageant dans ce nouvel univers, les clubs de football comptent remplir plusieurs objectifs simultanément. Outre une possible stratégie de diversification des activités, les structures footballistiques misent sur l’eSport pour rajeunir leurs bases de fans tout en s’attaquant à de nouveaux marchés, notamment l’Asie, où les compétitions d’eSport sont très populaires. Une stratégie qui doit, in-fine, permettre aux clubs de générer de nouvelles recettes commerciales.

Si le football compte sur l’eSport pour conquérir de nouveaux publics, la réciproque est également vraie. Alors que les compétitions des titres les plus populaires ont été structurées au niveau mondial, les éditeurs misent sur des partenariats avec des clubs de football pour donner une touche locale à la discipline.

Des partenariats football/eSport

Afin d’éviter une course aux investissements sans fin, certains clubs ont décidé de bâtir une stratégie alternative, en misant sur des titres peu développés dans l’univers de l’eSport mais ayant du sens pour un club de football. C’est notamment le cas du FC Nantes, qui a décidé dernièrement de se lancer sur Football Manager en engageant le Youtubeur Arthur Vignal.

« On souhaite densifier la stratégie de contenus publiés par le club sur notre site et nos réseaux sociaux. Chaque mercredi, on peut par exemple retrouver la carrière d’Arthur Vignal en vidéo. Il a ainsi l’honneur de coacher virtuellement le FC Nantes et de raconter l’aventure des e-Canaris. Cela représente des milliers de viewers chaque semaine. Tuto, bilan écrit, guide tactique… viendront compléter le dispositif pour proposer un contenu toujours plus original et engageant » explique alors Baptiste Huriez, Directeur Marketing du FC Nantes.

Si l’eSport peut représenter en apparence une belle opportunité pour les clubs de football, ces derniers doivent au préalable bâtir une solide stratégie avec des objectifs précis pour réussir leur diversification d’activité. Une stratégie difficile à mettre en place étant donné l’univers mouvant de l’eSport.

Un mondial de l’e-sport

Face à un tel engouement, la FIFA, plus haute instance du football, s’est empressée d’organiser une première Coupe du Monde : la eNations Cup. Un tournoi réunissant vingt nations qui, au lieu de s’affronter balle au pied, se défient sur console.

Pendant deux jours, quarante professionnels du jeu vidéo se sont opposés sur le jeu FIFA 19, développé par EASports. Le vainqueur est devenu le premier pays champion du monde de efoot de l’histoire. Les vingt équipes nationales sont réparties en quatre poules de cinq et il faut terminer parmi les deux premiers pour se qualifier pour les quarts de finale. Les oppositions se disputent façon Coupe Davis, avec un duel en un-contre-un sur Playstation, un autre sur Xbox et un match de double.

La France ramène la coupe à la maison

Champions sur le terrain, mais aussi sur console ! La France a remporté le 14 avril dernier, à Londres, la Fifa eNations Cup, devenant ainsi la première nation championne du monde de football virtuel.

Les e-Bleus, un duo composé de Lucas « Daxe » Cuillerier et Corentin « Maestro » Thuillier, tous deux 19 ans, ont battu l’Argentine en finale, avant de célébrer leur victoire les bras croisés sur la poitrine, à la Kylian Mbappé. Avec cette victoire, ils remportent une prime de 20 000 euros chacun. « On avait un peu de pression car les Français sont champions du monde en football, a expliqué Daxe. On a fait le job nous aussi mais en e-sport. On est fiers de nous et de la Fédération qui nous soutient à chaque fois. »

La France a été le premier pays à mettre sur pied une équipe de France officielle de e-foot, affiliée à la FFF. Les joueurs avaient d’ailleurs pu participer à un stage de préparation à Clairefontaine, dans les mêmes conditions que les « vrais » footballeurs. « J’ai pas les mots pour dire à quel point c’était incroyable et ça restera à jamais », a déclaré Fabien Devide, alias « Neo », le sélectionneur.

Après avoir créé l’e-Coupe du monde, une compétition individuelle, et l’e-Coupe du monde des clubs, la Fifa continue, avec cette nouvelle compétition, de surfer sur la vague e-sport. D’après Christian Volk, directeur de la sous-division efootball et gaming de la FIFA, la eNations Cup constitue un « tremplin majeur » qui lui permet « de poursuivre le développement et la promotion de l’efootball ».

Une réelle activité sportive ? 

L’eSport est-elle une véritable activité sportive ? La question fait débat même au ministère. « La Ministre des Sports n’a pas souhaité, à ce jour, s’engager dans une reconnaissance de l’eSport comme activité sportive en tant que telle. » C’est ainsi que Laura Flessel, alors encore Ministre des Sports, a répondu au mois de juin dernier au député Nouvelle Gauche, Régis Juanico, à une question portant sur la reconnaissance de l’eSport comme activité sportive. Une déclaration qui a mis en émoi l’ensemble de l’écosystème de l’eSport français alors que l’intégration de cette nouvelle « discipline » aux Jeux Olympiques est régulièrement évoquée pour l’édition 2028.

Clairement, il y a un alignement des étoiles dans le monde du eSport. Quelques années après les parties en réseau menées dans l’ombre (les fameuses « LAN parties »), les Gamers n’ont jamais été aussi tendances ! Enfin, même l’académie française a annoncé l’entrée du mot eSport dans le dictionnaire. Phénomène durable ou simple mode passagère ?

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