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E-Sport

Le côté sombre de l’E-Sport

De nombreuses histoires de triche et de dopage ont déjà eu lieu dans le monde du football. Désormais, cela concerne également l’E-Sport et ce néo-phénomène de plus en plus grandissant inquiète les instances de la FIFA.

L’an dernier, lors de la finale mondiale de la FIFA eWorld Cup (la Coupe du Monde interactive sur le jeu FIFA 18) la scène E-sportive sur la simulation de football FIFA a instauré entre les matches des contrôles antidopage pour la première fois de son histoire. L’Allemand Michael Bittner est le premier joueur à avoir été soumis à un contrôle anti-dopage. Une première qu’il avait accueillit avec le sourire à l’époque : « C’est une bonne nouvelle. Cela montre que la FIFA prend au sérieux sa scène esportive et que ses dirigeants veulent la rendre plus professionnelle, a confié le représentant du VfL Bochum. Pour ma part, j’ai été le premier joueur à subir ce type de contrôles. Je n’avais pas peur parce que je n’avais rien à cacher. C’était juste bizarre de pisser dans un flacon avec quelqu’un devant vous (rires). »

Un test d’urine, une série de questions et un formulaire à signer.

En quoi a donc consisté ce contrôle? Après avoir disputé leurs matches de poules, les 16 premiers joueurs engagés en compétition ont été tirés au sort. Deux noms sont sortis du chapeau, celui de Michael Bittner donc, mais aussi celui du Gallois Adam Barton, nom de code « DreamR ». Ces deux derniers se sont ensuite rendus dans un petit local prévu à cet effet et là, alors que la porte se refermait avec autorité devant les éventuels petits curieux… « J’ai du répondre à certaines questions, comme leur dire ce que j’ai ingéré ces sept derniers jours, puis j’ai dû signer un papier avec un certain nombre de termes et de règles liées aux contrôles antidopage de la FIFA. » Sans oublier ce fameux test d’urine, passé sans encombres par le finaliste des playoffs d’Amsterdam 2018, fin mai, sur Xbox One.

Mais que peut-donc rechercher la FIFA chez les joueurs esportifs ? Tout stimulant à la performance. Plus précisément à la concentration. Le dopage n’est pas un fait nouveau dans le monde de l’eSport et s’il n’est pas encore aussi populaire sur FIFA que chez d’autres jeux – Call of Duty notamment mais aussi League of Legends -, il porte un nom : l’Adderall. Un psychostimulant à base d’amphétamine (substance répertoriée parmi les produits interdits du code antidopage), très prisé des étudiants américains pour doper leur mémoire lors des périodes d’examens.

Un fléau que l’on nomme Adderall.

« C’est le produit phare qui te permet de te concentrer pendant 2-3 heures », expliquait à RMC Sport le vainqueur de la levée de l’eLigue 1 2018, Fouad « Rafsou » Fares, ancien joueur de l’Olympique Lyonnais, aujourd’hui égérie de la structure numéro un en France, Team Vitality. Grâce à une pilule, tu es totalement focus sur ce que tu fais, tu ne penses à rien d’autre. » Un surplus de concentration qui n’est pas sans conséquences. « Tu as les pupilles qui commencent à se dilater. Tu as plein de choses qui agissent sur ton corps et après ces 3 heures, tu es complètement KO », concluait-il.

Les effets secondaires sont identifiés : envie répétée d’aller aux toilettes, démangeaisons chez certains, pupilles dilatées donc pour la majorité… Des effets visibles de tous au sein de la communauté. Et c’est finalement ce que déplore le Français Marvyn Robert, dit « Aero », joueur de la structure américaine Team EnVy. Que ces contrôles, en principe aléatoires et ciblés comme l’attestait le communiqué de la FIFA à ce sujet, ne soient pas dirigés vers les bonnes personnes. Ou tout simplement applicables à tous.

Des noms sont déjà sortis dans le milieu. Certains ont été dénoncés. Mais pas encore chez les Français. Le contrôle anti-dopage est désormais encré dans ce sport étant présent à chaque grandes compétitions. Car la lutte pour un E-Sport propre chez FIFA, est une condition sine qua none pour le rendre crédible aux yeux du public et aider la discipline à être considérée comme un sport, ne fait que commencer.

L’E-Sport dans le viseur des parieurs.

La triche dans l’E-Sport est beaucoup plus fréquente dans des jeux autres que le football, type Fortnite… Mais attention ! Les compétions d’E-Sport, dans lesquelles s’affrontent des joueurs professionnels de jeux vidéo multijoueur tels que FIFA sont devenues des monstres d’audience sur Internet. De quoi attirer l’attention des bookmakers.

De gros sites de paris sportifs internationaux comme Pinnacle, Bet 365, ou Betway se sont mis à proposer des cotes sur les matches d’E-Sport. Chez Pinnacle, qui a commencé à s’intéresser au secteur en 2010, on n’est pas déçu. « C’est l’un de nos marchés qui croît le plus vite, affirme Harry Lang, directeur marketing du bookmaker. L’e-sport a dépassé le handball, le volley et le golf pour devenir notre 7e plus gros sport en volume cette année. Nous avons enregistré plus de deux million de paris depuis 2010, dont un million en 2015. » Des startups ont aussi lancé des sites dédiés aux paris « E-Sportifs ». Comme l’Américain Unikrn, qui propose des paris sur les compétitions de huit jeux vidéo en Australie, au Royaume-Uni et en Irlande.

Et forcément, les paris attirent les tricheurs. Les sites de paris sportifs français sont au courant du phénomène, qu’ils ont vu se développer chez leurs homologues internationaux. Pour Hervé Cacheur, président de l’opérateur JOA online, le sport électronique est « une diversification qui ne pourrait être que bénéfique ». « Mais nous sommes dépendants du cadre légal français, qui nous interdit de proposer des paris sur de l’e-sport, » explique un porte-parole de Betclic. Seuls les paris sportifs sont autorisés, et uniquement sur les sites ayant reçu l’agrément de l’Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL). L’E-Sport n’étant pas reconnu comme une discipline sportive, parier dessus est interdit. « Pour nous, faire un pari sur une compétition de jeux vidéo ou sur qui va gagner Miss France, c’est la même chose », résume Clément Martin Saint-Léon, directeur des marchés et de la prospective à l’ARJEL.

Eviter des scandales liés à de la triche. 

Les joueurs français risquent-ils des poursuites en utilisant des sites étrangers illégaux ? « Pénalement, ils ne risquent rien mais ce sont des sites sur lesquels leur avoirs et données personnelles ne sont pas sécurisés, répond Clément Martin Saint-Léon. S’ils ont un contentieux avec un site, ils ne peuvent pas se retourner vers l’ARJEL et faire valoir leurs droits. » D’autant que les gros opérateurs de paris sportifs étrangers relativement sûrs et qui proposent de l’e-sport sont inaccessibles depuis la France. Les joueurs doivent donc se rabattre sur des sites pas toujours fiables et qui peuvent disparaître à tout moment, comme l’ont fait datbet.net ou esportsventure.com récemment, flouant de nombreux utilisateurs qui n’ont pas pu récupérer leurs gains.

Même si une offre légale apparait en France, les parieurs devront toujours composer avec un autre type d’arnaque: la triche. De nombreux scandales ont éclaté suite à des matches arrangés. Par exemple en Corée du Sud, où neuf personnes ont été arrêtées en octobre suite à des soupçons autour de cinq matches de Starcraft II. L’entraîneur et l’un des joueurs de l’équipe Prime auraient été payés entre 4000 et 17 000 euros par deux membres d’une organisation criminelle sud-coréenne pour perdre volontairement les rencontres, leur permettant ainsi de parier en ligne en connaissant l’issue du match. Même scénario aux Etats-Unis en août 2014, le crime organisé en moins. Les joueurs de l’équipe iBUYPOWER auraient parié d’importantes sommes sur leur propre défaite en créant plusieurs comptes sur CSGO Lounge, afin de contourner le règlement du site limitant la valeur des mises.

Interdiction pour la FIFA que l’univers football de l’E-Sport soit également pris par des scandales importants. C’est pourquoi la plus grande instance du football veille au grain face aux malins qui auraient à l’idée de tromper les arbitres et les autorités.

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