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João Félix : l’ascension fulgurante

Amateur et inconnu du grand public en début de saison, João Felix a mit l’Europe à ses pieds sous les couleurs de Benfica, en l’espace de quelques mois. Dans cette lutte acharnée à l’acquisition du joyau Portugais, c’est l’Atletico Madrid qui tient la corde en levant sa clause libératoire de 120 millions d’euros. Retour sur l’éclosion du phénomène.

Juventus, Manchester City, United, le PSG, le crack portugais n’a pas manqué de courtisants à l’aube d’une première saison incroyable comme footballeur professionnel. À 19 ans, le Portugais s’est révélé avec 20 buts et 9 passes décisives en 43 matchs avec le Benfica Lisbonne. Il est présenté comme le nouveau prodige du foot après Kylian Mbappé. Et après avoir fêté sa première sélection avec le Portugal en juin dernier, João Félix s’apprête à ouvrir une nouvelle page en décidant de rejoindre l’Atletico Madrid.

Les Colchoneros n’ont pas hésité une seconde pour faire sauter sa clause libération de 120 millions. Ce transfert qui sera officialisé au début du mois de juillet (pour question d’exercice comptable) sera un record. Le portugais deviendra le joueur le plus cher de Benfica, de la Liga portugaise et de l’Atletico Madrid. Le prodige aurait déjà passé sa visite médicale dans la capitale espagnole.

Pourtant, jusqu’au bout, le Real Madrid a tenté de doubler son rival en formulant une somme astronomique. Les Merengues auraient formulé une offre de 130 millions d’euros, que le joueur aurait refusé. Et pour mettre les choses au clair, l’Atletico Madrid aurait déjà fixé sa clause libératoire à 350 millions d’euros !

Mais qui est donc ce jeune prodige que le monde s’arrache ? « Certains le définissent comme mon héritier. Ou le nouveau Kaka. La vérité c’est que Félix est seulement Félix, explique le légendaire Rui Costa, aujourd’hui directeur sportif de Benfica, dans un entretien à Tuttosport. Il possède un sens du jeu extraordinaire et a une capacité rare : il peut deviner à l’avance ce qui va se passer devant le but. C’est un numéro 10 moderne, un deuxième attaquant avec un sens du but remarquable » Nuno Gomes compare son toucher de balle à celui de Zidane. António Simões, autre ex-joueur légendaire du Glorioso, le surnomme « Le Prince ». Jorge Jesus voit en lui du Kaká et du Rui Costa. À seulement 19 ans, ce gamin au sourire de fer est la sensation du football européen.

Des débuts fracassants

Il est le plus jeune joueur de l’histoire des Aigles à atteindre les 9 buts sur une saison de championnat depuis Chalana 1976-1977. Et le garçon sait choisir ses victimes. Le 25 août dernier, il plantait son premier but dans le grand derby, face au Sporting (1-1). Décisif, il l’a encore été, début mars face au FC Porto (2-1), au cours d’un clássico renversant dans la course au titre.

Le 23 septembre, dès sa première titularisation, il sévit. Il vole dans les plumes d’Aves, dont la cage est gardée par Quentin Beunardeau, qui s’en souvient encore : « Il marque une première fois mais le but n’est pas accordé pour un hors-jeu. Et puis, il y a cette action. Je sors, j’attends, pour ne pas me jeter mais, mais même comme ça il parvient à la piquer ! » L’ancien portier de Nancy ou Metz dépeint un joueur imprévisible : « Il peut dribbler, contrôler, frapper dans n’importe quelle position » Le Manceau de 25 ans souligne la grande classe du gamin : « Il y a un énorme engouement autour de lui ici et je peux le comprendre. Il a beaucoup d’élégance, de talent »

Lancé par Rui Vitória l’été dernier, c’est avec Bruno Lage, qui lui succède en janvier, qu’il s’envole. « On ne dirait pas un jeune de 18 ans, affirme son entraîneur. Il est prêt pour ce qui arrive. Sa maturité et sa mentalité sont au-dessus de la moyenne » Félix est hors norme et ça n’a pas échappé aux plus grands. Tous les clubs étaient sur lui, assure à A Bola, Domingos Soares de Oliveira, administrateur du Benfica.

Les Aigles ont prolongé la pépite de Seixal en novembre dernier jusqu’en 2023, en lui collant une clause libératoire de 120 millions d’euros. Beaucoup pour certains ? Pas assez pour le président Luis Filipe Vieira qui aurait souhaiter la pousser jusqu’à 200 millions d’euros avant son transfert. « C’est une somme élevée qui induit plus de responsabilités mais ce n’est qu’un chiffre, commente l’intéressé. Si je ne fais rien de bien sur le terrain, cette histoire de clause sera du vent » Des propos qui prouvent à quel point le néo-madrilène a la tête posée sur les épaules.

Avec Lage, Félix s’est tout de suite affirmé comme titulaire dans un 4-4-2, en attaque aux côtés de Seferovic. Son positionnement est à l’image de son jeu : flexible, inspiré, créatif. Au sein de l’équipe B du Benfica – dont il est devenu à 16 ans le plus jeune joueur – son coach Hélder le plaçait parfois en pointe mais il avait surtout adapté un 4-2-3-1 afin qu’il soit le plus à l’aise possible. Simões le compare d’ailleurs à João Pinto. Un super milieu offensif, un attaquant, un neuf et demi.

Quelques mois après avoir été lancé dans la compétition, il devient, à 17 printemps, le plus jeune goleador de l’histoire de la D2 portugaise. Sa gueule d’ange et son corps frêle trahissent sa jeunesse. Du haut de son 1m80, il frôle les 70kg. Ce qui ne l’empêche pas de planter des deux pieds et de la tête. Et c’est surtout dans sa caboche que ça se joue. « Comme je ne suis pas très fort physiquement, je dois compenser autrement et je pense avec un coup d’avance, confiait-il au site de l’UEFA. Je prévois les choses ce qui me permet d’être bien placé »

Formé chez le rival Porto

Entre 2008 et 2015, João Félix était au… FC Porto. Ses parents se tapaient les 250 bornes séparant leur ville de Viseu du Dragon pour mener le fiston aux matches et aux entraînements. Puis, il intégra le centre de formation. Une séparation difficile combinée à un temps de jeu en baisse. Critiqué pour sa taille, le petit João n’était pas bien : « Je ne jouais plus et je n’avais plus de plaisir. J’ai voulu arrêter le football pour tenter un autre sport mais mon père m’a poussé à ne pas baisser les bras » Félix quitte alors le FCP et rejoint le Benfica, qui le suivait depuis quelques années déjà.

« Il a toujours été au-dessus de la moyenne, assure pourtant Miguel Lopes, qui fut son entraîneur chez les Dragons en U13 et U15. Il était focalisé sur le jeu. Ce n’était pas courant pour un jeune de son âge de s’intéresser autant au ballon. Il connaissait tous les joueurs, les équipes. Il ne déconnectait jamais. Il était très perfectionniste, très exigeant avec lui-même » Lopes, qui est aujourd’hui entraîneur-adjoint au Sporting de Espinho, avait même fait de Félix l’un de ses capitaines : « Il ne parlait pas beaucoup mais les autres le respectaient beaucoup parce qu’il était un joueur hors du commun »

Alors pourquoi le FCP a-t-il arrêté de miser sur João Félix ?« A partir de 2013, les personnes en charge de la formation ont changé au FC Porto. Antero Henrique avait lancé le projet Visão 611 en 2006. Un vaste plan qui visait à réformer la façon de travailler du FC Porto notamment en matière de formation. Une restructuration complète du club, de ses formateurs, ses entraîneurs, ses salariés, ses infrastructures. Trois personnes ont beaucoup contribué à développer ce projet : Luís Castro qui était le coordinateur de la formation, le professeur Vítor Frade mais aussi Pepijn Lijnders, enchaîne Lopes. Durant cette période, João Félix était un joueur très bien considéré. A partir de 2012-2013, les choses ont commencé a changé. João Felix comme d’autres joueurs n’ont pas été gardés par certains entraîneurs parce que ceux-ci privilégiaient l’aspect physique » Très grosse erreur de casting.

Et maintenant ?

Plusieurs questions se posent désormais : réussira t-il à s’imposer dans un championnat plus relevé, répondra t-il aux attentes, aux espoirs placés en lui ? Tout peut aller très vite dans le football et il en est bien conscient. L’exemple de Renato Sanches en témoigne, un grand espoir peut vite passer de star à joueur banal. Rejoindre Simeone est un choix judicieux. Le style de l’Atletico devrait lui convenir parfaitement, en remplaçant poste pour poste Antoine Griezmann dans un 4-4-2. Quoi qu’il en soit, le peuple portugais en a fait le digne successeur du légendaire Cristiano Ronaldo… la tâche s’annonce complexe mais pas insurmontable pour ce prodige.

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