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Interview

« Le métier d’agent n’est pas bouché »

En cette période de transferts, Hugo Dos Santos, directeur de la communication à l’École des Agents de Joueurs de Football nous parle du parcours et du métier d’agent. 

Winner Fabric : Comment fait-on pour devenir un agent de joueur ?

Hugo Dos Santos : En France pour pouvoir représenter des joueurs, c’est à dire pour signer des contrats et les proposer à des clubs, il faut être détenteur de la licence d’agent sportif de la Fédération Française de Football. C’est une licence délivrée par la FFF et pour l’obtenir il faut passer un examen qui se divise en deux parties. La première est gérée par le CNOSF (le Comité national Olympique et sportif français) et est commune à tous les agents sportifs en général (tennis, rugby…). La deuxième partie, quant à elle, est propre au football et délivrée par la FFF. Ce second examen porte sur les règlementations du football.

WF : Faut-il forcément avoir cette licence pour devenir agent ?

HDS : Oui, elle est indispensable pour exercer le métier en France. À l’étranger ça dépend des cas mais la FIFA avait fait passer en 2015 une circulaire qui redonnait le pouvoir aux fédérations. Donc chaque fédération décidait si elle conservait ou non la licence. En France, nous avons décider de la garder. Cependant, aujourd’hui la FIFA paraît revenir sur sa décision et après une réunion le 24 septembre dernier, les dirigeants de la Fédération ont échangé sur un retour au système de licence. Aucune décision officielle n’a été prise pour le moment, même si cela semble bien engagé. Le modèle français semble donc être l’exemple que la fédération veut faire suivre.

WF : Notez-vous une augmentation du nombre de candidats qui veulent faire ce métier ?

HDS : Nous on existe depuis 10 ans et sur cette période il y a en effet une nette augmentation due à la médiatisation du sport et aux vocations qu’il a créé (après 1998 notamment). Dernièrement le nombre stagne mais nous avons de nouvelles constantes. Par exemple, il y a de plus en plus de femmes qui souhaitent devenir agent.

WF : Comprenez-vous que les agents soient parfois mal vus ?

HDS : L’image de l’agent tend à se polir. Il y a quelques années on ne savait pas trop ce que faisaient les agents, mais aujourd’hui on comprend ses missions et au final on se rend compte qu’elles sont intéressantes. Il y a de la négociation, de la gestion de carrière, de patrimoine, il y a beaucoup de droit aussi, donc c’est un métier qui peut faire rêver.

Notre mission et ce qu’on inculque à nos aspirants agents c’est une ligne de conduite exemplaire, on veut former une génération responsable. S’il y a parfois des dérives, c’est que certains agents exercent en toute illégalité (sans licence) par exemple en allant signer des droits à l’étranger. Et le problème c’est qu’aujourd’hui la FIFA ne fait pas grand chose pour les punir. Maintenant avec la réunion de septembre, les mentalités sont en train de changer et la lumière va être faîte sur le métier.

WF : Qu’enseignez-vous à vos élèves ?

HDS : Notre enseignement est basée autour de la réussite de l’examen. La première partie de celui-ci est du droit pur. Donc il y a 9 matières de droit (droit à l’image, du travail, des sociétés…) toutes nécessaires à un agent pour pouvoir signer un contrat. La deuxième partie porte sur les réglementations spécifiques de la FFF, de la Ligue de Football Professionnel (LFP) et de la FIFA. Ça, c’est la partie théorique. À côté il y a aussi ce qu’on appelle la « touche métier » qui se traduit par l’organisation de modules de négociations, d’anglais du football, ou de personnal branding pour permettre aux futurs agents d’apprendre les codes du milieu. La formation dure 10 mois, de juin à mars. La première partie de l’examen est en novembre et la deuxième en mars.

WF : Est-ce un métier bouché ?

HDS : C’est ce qu’on entend souvent. Mais moi ce n’est pas ce que je crois. Il existe de nouveaux axes de développement du football comme le foot féminin où on commence à trouver de beaux contrats de sponsoring et des contrats professionnels plus intéressants pour les agents. Mais il y a aussi le développement de la MLS (le championnat des États-Unis) et celui du football asiatique où il y a une pénurie d’agents, offrant des débouchées possibles.

WF : La période des transferts est-elle la plus importante pour un agent ?

HDS : C’est évidemment une période très active mais ce n’est pas forcément la plus importante. La mission d’un agent malgré ce qu’on peut croire, ce n’est pas juste de trouver à son joueur un club, de lui faire signer son transfert et de l’oublier. Le métier de l’agent, c’est vraiment d’accompagner son joueur, c’est presque un travail de ressources humaines où il faut s’occuper de son bien-être. Il faut l’appeler régulièrement et s’assurer qu’il se sent bien ; il faut se déplacer, rencontrer la famille être proche d’elle et être là dans les bons moments comme dans les mauvais. Donc le travail d’agent ne se résume pas qu’à la période des transferts. C’est un travail prenant qui offre peu de vacances et de temps libre. 

WF : Le métier a t-il changé/évolué au même titre que le marché des transferts ?

HDS : Je pense. Aujourd’hui, l’agent doit être force de conseil avec ses joueurs et il doit l’accompagner dans ses choix de sponsoring. Ce sont deux choses qui existaient sans doute moins il y a 10 ans.

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